Questions de Lucas L’Hermitte, réponses d’Arnaud
Lefebvre.
lun. En peinture, est-ce une qualité de montrer
le moins possible ?
Face
à ta peinture, j’ai ressenti un peu de ce que tu dis dans un de tes
écrits :
En
août 1980, devant une toile noircie d’acétylène, j’ai reçu le plus grand choc
de ma vie, je venais de prendre conscience de la véritable identité de mon
être...
C’était
un choc moins intense pour moi, mais je me suis senti attiré par tes surfaces
grises, qui m’ont « parlé ». Je n’ai d’ailleurs pas commencé par voir
ton travail, mais par entendre la succincte description que tu m’en avais faite
(peut-être déjà au téléphone ?), et je me doutais à t’entendre que ce que
je verrais me plairait. Il me semble que ton travail d’emblée fait intervenir
la reconnaissance du spectateur, que quelque chose en lui se retrouve dans ton
travail. D’ailleurs tu as dit toi-même : À bien y regarder, ma peinture est autant votre histoire que la mienne.
(avril 2001)
mar.La tautologie dans ma peinture tient une
grande place. Comment la perçois-tu ?
Il
me parait que je perçois la tautologie dans ton travail essentiellement à
partir de l’énoncé de ta méthode de travail :
Le processus de mon travail est établi sur la mémoire, mémoire d’une
surface à une autre d’une journée à une autre.
Technique : rencontre d’un noir et d’un blanc sans liant
Blanc : toile polyester
Noir : poudre d’acétylène
Est visible un gris devenu, ou “advenu” ?
C’est
à dire que la tautologie est à mon sens chez toi une donnée d’avance. Mais ce
que nous avons devant les yeux, qui fait que ta peinture est de la peinture, je
ne sais pas comment cela s’appelle. Le plus probable pour lui donner des mots
qui lui conviennent est d’aller chercher ceux que tu as toi même exprimés, courageusement,
dans tes aphorismes :
Des
va-et-vient avec le coton, jusqu’à ce que la surface s’impose en tant que
surface, et non en tant que champ d’activité. (1994)
Tenir
et faire résonner la surface, pour qu’elle devienne son.
(1995-1996)
Noyer
le geste dans le geste, ne plus se connaître. (1999)
Répondre
à ce jour occulté, soulever la même charge, le même souffle.
(2000)
La
surface est réduite au silence, le temps s’est perdu, ne plus rien donner, ne
plus rien recevoir. (1997)
Faire
une peinture où le dialogue n’a pas d’emprise, où les mots restent dans la
bouche. (septembre 2002)
mer.Atteindre l’impossible est le chemin qui me
mène ; que penses-tu de ma persévérance ?
Je
pourrais te répondre que ta persévérance est une chose à éprouver au quotidien.
C’est à mes yeuxla part
volontaire de ce qui appartient à ton art de même que c’est, je crois, la volonté
d’une personne qui la conduit, non pas à faire de l’art, mais à adopter un jour
l’existence d’artiste. Plusieurs fois je t’ai entendu dire au sujet d’une
exposition d’un artiste qu’il ou elle nous « emmène » quelque
part. Depuis 1980 tu peins des surfaces grises selon un même procédé de
travail. Est-ce que cela mènerait à une impasse ? J’y vois quant à moi une
grande honnêteté ; il faut une honnêteté à la Hölderlin pour oser
déclarer Ce que je montre est vrai,comme il faut une honnêteté
fondamentale vis à vis de son art pour aller chercher dans l’âpre acétylène et
l’ingrat polyester (aux noms si impeccables de l’industrie) ce qui va
constituer la vie d’une journée, et puis d’un jour encore, sans
autre alternative que la sanction de tous les autres jours
qui vont suivre. Avec la caractéristique à pratiquer cette limitation dans le
temps que tu imposes à ton travail, et qui restreint l’œuvre aux propres
journées qu’elle contient, et non à ta vie à toi. C’est probablement la façon de
sortir du champ du tragique, de faire qu’en se détachant mieux de son auteur ta
peinture ait plus de latitude pour exprimer un simple bonheur de peindre.
jeu.Revivre la veille est le moteur de ma
peinture ; peut-on être deux fois la même personne ?
J’ai
toujours considéré que ton « pari », pris à la lettre, était perdu
d’avance. Peut-être n’ai-je pas suffisamment pesé à quel point c’est une
démarche que tu veux littéralement mener à bien : faire que tes deux
surfaces soient absolument identiques l’une à l’autre. Pour moi c’est la visée et
la continuité de l’exigence que tu lui donnent qui comptent. Et cela n’enlève
rien à la folle envergure de ton entreprise. Dans la voie si étroite que tu as
choisie pour ton art, je ne pense pas qu’on puisse aller plus loin et que c’est
par ton art que tu nous montres : cet
infini qui me projette et ce support qui me retient. (décembre 2001),
etque c’est ton art qui nous
dispose à cette écoute visuelle dont tu nous dis: dans le silence le plus profond, vous les entendrez mieux.
Ce
que propose aussi ton art, me paraît-il, c’est la présence de ce qu’a produit
une main. Il y a une espèce de langage primitif dans le geste du coton imprégné
de poudre noire d’acétylène que tu déploies dans ton art. Tel que je l’imagine,
ton geste a en effet ceci de particulier qu’il transforme ce qu’il produit au
fur et à mesure de son avancée, car l’équilibre qu’il cherche à atteindre amène
l’émergence d’une nature complémentaire à celle qui le fait exister : d’impression
il lui faut devenir étendue, de mouvement il lui faut devenir stabilité, de
répétition il lui faut devenir homogénéité, de matière il lui faut devenir
couleur. Et comme tu l’as souligné à plusieurs reprises, sans possibilité de repentir.
Ainsi ce geste réunit en lui un microcosme dont la surface achevée sera le
témoignage et qui développe en même temps une sorte de socialité de l’art. Il
tisse des liens invisibles avec l’ensemble des autres gestes produits par tous
ceux qui cherchent à donner une forme à ce qui n’existe pas encore et qui
n’existerait pas sans eux. Peut-être même ton geste résume-t-il une passerelle
qui joindrait la fabrique personnelle avec celle du travail au sens large ?
ven. Dans
mon atelier j’ai écrit une phrase « Au secours Mnémosyne ». Penses-tu
qu’elle puissem’aider ?
En
relisant l’ensemble de tes aphorismes, j’ai été surpris par le nombre de ceux
qui contiennent « je » ou qui se référent à toi-même. Est-ce qu’il
faut y voir pour autant une négation de l’autre ? Il me semble au
contraire que tu y élabores un dialogue qui cherche à mettre à distance le
« je » omniprésent au profit de quelque chose qui le déborde. Il s’y
dessine progressivement, on pense à l’action de la mer sur la grève, un
commencement de relief au fil des phrases, qui se partage entre le mental et le
physique. Une sorte de lieu réel des mots, où l’on en vient à oublier l’idée de
frontières par les découvertes qu’on y fait sur place et qui suffisent à
« transporter » l’imagination. J’y projette ces visites de la région
du Cotentin où toi et Marie-France vivez, que vous nous avez fait découvrir à
moi et Ivana, et dont le souvenir semble prêt à ressurgir « intact »
si on le sollicite comme je le fais maintenant…
Tu
as parlé une fois de l’importance de « l’identité » pourl’être humain et cela m’a frappé en
jetant une lumière plus vive sur la démarche qui t’est propre. Car en réalité,
dans le vertige de ce gris qui t’occupe depuis tant de temps, et dont tu dis
qu’il est la plus riche de toutes les couleurs, tout se tient : mémoire,
processus, choix des matériaux, méthode de travail. Mais aussi probablement,
dimensions, techniques d’accrochage, introduction d’un nouveau matériau — comme
le miroir inox récent—, jusqu’aux mots que tu emploies et dont tu t’es demandé
une fois « si ils étaient bien nécessaires à mon travail …».
Peut-être que l’angoisse de ta question vient, dans la solitude de l’atelier,
d’un trop-plein d’images survenues qui disparaissent les unes après les autres
pour laisser place à leur trace déposée : un gris devenu ou
« advenu » ?Peut-être aussi ton travail a-t-il tenu toutes ces années sur la force
de ton humour : Sommes-nous toujours
habité de poussières d’étoiles…? Si oui… éclatons-nous de rire. (Krems,
janvier 2000) ?
sam.Malraux
nous l’a appris : « les œuvres d’art sont soumises à une métamorphose
sans fin ».Les
miennes sont déjà de cendre ; que deviendront-elles ?
J’ai
relevé une phrase d’André Malraux qui dit dans La Psychologie de l’art (III),La Monnaie de l’absolu (Albert Skira, 1950, p. 236) : « Il
y a bien un génie de la continuité, mais il ne s’exprime que par des
métamorphoses, et le perfectionnement lui est fort étranger. (…) La vie de
génie est une vie organique, une croissance de plante ou de corps
humain. » Pour Malraux, les éléments qu’utilise un artiste dans son art
peuvent provenir de l’art d’un autre artiste, mais ce que fait un grand artiste
de ces éléments n’appartient qu’à lui.
D’où
proviendraient les éléments de ton art ? Certainement ton art participe
d’une modernité dont une histoire avait été tracée dans l’importante exposition
du Musée de Lyon « La couleur seule : l’expérience du monochrome » en
1988. D’après ce dont je suis capable de parler, il me semble que ta démarche
s’est nourrie de ta double expérience dans le milieu de l’art, d’un côté par le
travail remarquable que tu avais accompli pendant 20 ans en tant que galeriste
à Saint-Lô puis à Coutances avec les amitiés artistiques que tu y as nouées, et
de l’autre par ta pratique personnelle dont les « Mémoires » sont
issues depuis 1980. Ces deux expériences se conjuguent et mériteraient de faire
l’objet d’une véritable étude « archéologique » pour être décrites et
analysées avec suffisamment de précision. Le point commun de ces expériences
est un ancrage géographique évoluant autour du village de Regnéville sur Mer où
tu habites, lieu de tes racines familiales et de la maison que toi et Marie-France
avez patiemment et amoureusement transformée.
Ce
que vont devenir tes œuvres est une question où j’ai une petite part de
responsabilité en tant que galeriste représentant ton travail. Au cours des 20
ans de notre collaboration — tu as été le tout premier artiste à exposer dans
ma galerie — quelques-unes ont trouvé place dans des collections publiques (F.N.A.C.,
F.R.A.C. Haute Normandie, F.R.A.C. Basse Normandie, F.R.A.C. Picardie, F.R.A.C.
Bretagne) ou privées, grâce aussi plus récemment au travail de la galerie de Jean-Pierre
Bruaire à Granville. Mais certainement bien peu en regard du nombre d’œuvres
que tu as réalisées et de leur qualité à mes yeux. À ce propos, tu en viendras prochainement
à clore la série de tes « Itinéraires » annuels basées d’abord sur un
dictionnaire philosophique puis sur l’annuaire de la Manche ; ce serait
une très belle occasion pour rendre un hommage à la hauteur de tes 30 années de
« Mémoires » !
Maintenant
ta question va aussi plus loin et porte sur la destinée de ton art en général. Il
y a une doctrine bouddhique qui dit que c’est le « calme plat
intérieur » qui fera accéder à la vie future. N’est-ce pas justement, toi
fils de marin pêcheur, ce que tu recherches dans tes œuvres ?
dim. Joker.
Bonne
exposition « anniversaire » Lucas! Et merci de m’avoir fait
confiance durant ces 20 ans et de m’avoir aussi donné la parole dans le cadre
de ton exposition…
Bonne
semaine
Bien à
toi.Lucas
Janvier 2010
PRESS
RELEASE
LUCAS
L’HERMITTE
March 4,
2010 – April 3, 2010
At the
request of Arnaud Lefebvre.
Questions by Lucas L’Hermitte, answers by Arnaud
Lefebvre.
MonIn
painting, is it a desirable quality to show as little as possible?
Before your paintings, I felt a little bit of what you
say in one of your writings:
In
August 1980, in front of a canvass darkened with acetylene, I had the greatest
shock of my life, I just realized the real identity of my being…
It was a shock less intense for me, but I felt attracted
by your grey surfaces, which “spoke” to me. As it happened I did not begin to
see your work, but to hear the brief description you made (perhaps already on
the phone?), and I surmised while hearing you that I would like what I will
see. It seems to me that your work at the start involves the recognition of the
viewer, that something in himself finds its way in your work. Besides you said
yourself: Looking at it closely, my
painting is as much your history as it is mine. (April 2001)
TueTautology
in my painting holds an important place. How do you perceive it?
It appears to me I perceive tautology in your work
primarily from your statement of your working method:
The process of my work is based on Memory, the Memory
from one surface to another from one day to another.
Technique: meeting of a black and a white with no
binder
White: polyester canvas
Black: acetylene powder
A gray is made visible in the result, or “in the
process?”
Meaning that in my view tautology for you is given in
advance. But what we have before the eyes, which makes that your painting is
painting, I don’t know how it is called. The most probable to give it words
that fit, is to look for the ones you express yourself, courageously, in your
aphorisms:
To-and-fros
with the cotton wad, until the surface imposes itself as a surface, not as a
field of activity. (1994)
To hold
and make resound the surface, so that it becomes sound. (1995-1996)
To dive
the gesture into the gesture, not to know oneself anymore. (1999)
To
answer to this hidden day, to lift the same weight, the same breath. (2000)
The
surface is reduced to silence, time is lost, not to give anymore, not to
receive anymore. (1997)
To make
a painting in which dialogue has no grasp, in which words remain in the mouth.
(September 2002)
WedReach
the impossible is the path that leads me: what do you think of my perseverance?
I could tell you your perseverance is something to
meet with day by day. It is to my eyes the share of will that belongs to your
art such as is, I believe, the will of someone that decides him or her, not to
make art, but to live one day the life of an artist. Several times I heard you
say about an artist’s exhibition that he or she “brings us” somewhere. Since
1980 you paint grey surfaces according to a same working procedure. Does it
bring us to an impasse? To me I see in it a great honesty; it needs a “Hölderlinian”
honesty to dare to declare What I show is
true, likewise it needs a fundamental honesty towards one’s art to search
in the rough acetylene and the ungrateful polyester for what will be the life
of one day, and then of another day, having no other alternative than the
sanction of all the subsequent days. With the characteristic to practice a
limitation in time that you impose on your work, which restrains the piece to
the proper days it contains, and not to your own life. It is probably the way
to get out of the field of Tragic, and by a better detachment from its author,
to give more latitude in expressing a plain joy of painting.
ThuReviving
the day before is the mover of my painting; can one be twice the same person?
I always considered your “bet”, taken to the letter, is
lost beforehand. Perhaps I did not think out enough how much it is something
you literally want to achieve: make your two surfaces exactly alike. For me it
is the aim and the continuity of your exigency that matters. And it deprives
nothing of the mad scale of your undertaking. In the way so narrow that you
chose for your art, I don’t think one could go further and it is by your art
that you show us: this infinite that
projects me and this support that retains me (December 2001), and it is
your art which puts us in condition for this visual listening that you report: In the deeper silence you will hear them
better.
What also proposes your art, it seems to me, is the
presence of what has produced a hand. There is a kind of primitive language in
the gesture of the cotton impregnated with black acetylene powder that you
spread out in your work. As I imagine it, your gesture is that peculiar so as
to transform what it produces in the course of its completion. Because the balance
it aims at brings the emergence of a nature which is complementary to the one
that produces it: from impression it has to become spreading, from movement it
has to become stability, from repetition, homogeneity, and from matter, color.
And as you stressed several times, without any possible second thought. Thus
this gesture gathers in itself a microcosm showing an achieved surface, but
also developing a kind of art sociality. It forges invisible bounds with the
whole of gestures produce by those who endeavor to give a shape to what doesn’t
still exist, and would not exist without them. Perhaps even does your gesture
summarize a bridge that would unite the personal making with the working making
in its wide sense?
FriIn
my studio I wrote a sentence “Help Mnemosyne.” Do you think it can help me?
While reading the set of your aphorisms, I was
surprised by the number of those containing “I” or making reference to
yourself. Does it mean as such a negation of the other? It seems to me on the
contrary that you elaborate therein a dialogue that tries to put distance with
the inescapable “I”, on behalf of something that goes beyond him. You draw in
them, one thinks of sea acting on the shore, a beginning of relief as the
sentences run, that divides between mental and physic. A kind of real place of
words, where one comes to forget the idea of frontiers thanks to the
discoveries one makes on site, and that are sufficient to “carry” imagination.
I project in them those visits of the Cotentin region where you and
Marie-France live, that you made me and Ivana discover, and whose memory seems
ready to rise again “intact” when questioned as I do now…
You spoke once of the importance of “identity” for the
human being, and it struck me by casting a more vivid light on your making. For
in reality, in the vertigo of this grey which busies you for so long, and of
which you say it is the richest of all colors, everything coheres: process,
choice of mediums, working method. But also probably, dimensions, hanging
systems, introduction of a new medium—like your recent stainless steel mirror—,
up to the words you use and about which you asked yourself once “if they were
really necessary to my work…”
Maybe the anguish of your question comes, in the
solitude of your studio, from an overflow of occurring images that disappear
the one after the other to give way to their deposited traces: a grey become or
“in the process”? Maybe also your work held all those years on the strength of
your humor: Are we still inhabited with
star dust …? If so… let’s burst into laughter. (Krems, January 2000)?
SatMalraux
taught us: “Works of art are subject to an endless metamorphosis.” Mine
are already in cinder; what will become of them?
I noticed a sentence by André Malraux who says in La Psychologie de l’art (III), La Monnaie de
l’absolu (Albert Skira, 1950, p. 236) : “There is indeed a genius of
continuity, but it expresses itself only by metamorphosis, and improvement is
quite foreign to him. (…) The life of genius is an organic life, a growth of plant
or human body.” To Malraux, the elements an artist uses in his or her art can
come from the art of another artist, but what a great artist makes with these
elements is only his or her own.
From where would come the elements of your art? Certainly
your art partakes of a modernity of which a history was drawn in the important
exhibition of the Lyon Museum “La Couleur seule: l’expérience du monochrome”,
in 1988. By what I am able to speak of, it seems to me your making is nourished
from your double experiment in the art world. On one hand, by the remarkable
job you accomplished as a gallerist, first in Saint-Lô then in Coutances, with
the artistic friendships you formed, and on the other hand by your personal
practice of which the “Memories” are issued since 1980. Those two experiments
combine and would deserve a real “archeological” study to be described and
analyzed with enough precision. The common point of those experiments is a
geographical anchoring, evolving around the village of Regnéville sur Mer where
you live, the place of your familial roots and of the house that you and
Marie-France have patiently and lovingly transformed.
What will become of your pieces is a question where I
have a small share of responsibility as a gallerist showing your work. In the
course of the 20 years of our collaboration—you were the very first artist to
exhibit in my gallery—a few found room in public or private collections, thanks
also more recently to the work of Jean-Pierre Bruaire’s Gallery in Granville.
But certainly very few according to the number of works you produced and their
quality to my eyes. In connection with this, you will soon achieve the series
of your “Itineraries” based first on a philosophical dictionary and then on the
Manche directory: this would be a wonderful occasion to pay a due homage to
your 30 years of “Memories”!
Now your question goes also further and bears on the
fate of your work at large. There is a Buddhist doctrine which says “inner dead
calm” will give access to future life. Isn’t it precisely what you, fisherman’s
son, search in your works?
SunJoker.
Good “anniversary” show Lucas! And thank you for
trusting me during those 20 years and also for letting me speak at your show….